vendredi 20 avril 2007

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Parfum de chine
Ou lumière du ciel
Volonté
Divin
Astro
Physicien
Nombre
Poète
Mot
Clé
Vent
Souffle
Ame
Droite
Cardinal
Egotico
Erotico
Comédien.

-

Elle aboie
Petite lune
Petite créature
Au visage pâle

Elle oublie
Les étangs
La voie sacrée
Du sang

A l'aurore
Des jours heureux
Elle compte sur ses doigts
Les jours heureux

La brave
L'amoureuse
Elle oublie
La couleur en élan.

vendredi 30 mars 2007

Sur la fonction du théatre

Artaud, esprit terriblement brillant et torturé s'il en est, fut très inspiré le jour où il compris que le théatre, loin de sa fonction de représentation, d'illustration ou de pathétique imitation de la Vie, se doit au contraire d'en être la manifestation la plus haute. Le texte, une fois remis à sa place, sur la scène les acteurs doivent puiser leur force dans les abîmes de l'être, de l'inconscient, là où se forment les pulsions, les sentiments et c'est de cette force que nait la véritable magie du théatre, et non pas dans une vulgaire mise en scène d'un texte, si élégant et beau soit-il.
Car le théatre a ses racines dans les cérémonies rituelles dites primitives et dès lors acquiert une fonction SOCIALE bien plus profonde que le divertissement. Ces rituels, figuratifs, soigneusement codés, avaient pour fonction de renforcer la cohésion sociale. Y entraient en scène les dieux, les esprits, incarnés dans le chef ou le chaman. Lors de ces représentations étaient exaltées, par de savantes mises en scène, les pulsions, les forces individuelles néfastes pour l'ensemble social, comme l'agressivité. La pratique régulière de ces cérémonies, dont toute la communauté se devait d'être acteur, permettait ainsi de libérer l'énergie accumulée par ces pulsions. Et celui qui ne respectait pas les codes établis se voyait rejeté hors de la communauté car il pouvait par la suite nuire aux autres membres.
Ces cérémonies me semblent être une évolution humaine des danses que l'on peut observer chez les espèces gregaires d'oiseaux, de poissons ou de mammifaires qui permettent de désamorcer l'agressivité intraspécifique naturelle. Chaque animal qui doit défendre un territoire, s'il veut le conserver, doit avoir une attitude en premier lieu agressive envers ses prochains. Et si cet animal est social, alors il doit posséder un code, un comportement qui est propre à sa communauté et qui lui permette d'en différencier les membres des étrangers. Ces danses commencent par la manifestation de l'agressivité, par un comportement agressif jusqu'à ce qu'un signe, compris des différents protagonistes les fassent basculer dans l'entente. Et c'est précisément cette danse qui libère l'énergie de la pulsion agressive.

Ce que le théatre a perdu au fil du temps, c'est cette capacité d'exorcisme. Aujourd'hui il y a les acteurs d'un côté et les spectateurs de l'autre. Ces derniers demeurent passifs et ne font que ressentir très indirectement les forces qui se doivent d'être en jeu sur scène. Un spectateur qui reproduirait les gestes du meurtrier serait considéré comme fou. Et c'est là que se trouve précisément la folie de notre temps. Nous nous imaginons qu'imiter un meurtre ne ferait qu'inciter à le réaliser alors que si dans ce geste, nous mettons toute notre cruauté, toute envie de le réaliser pour de VRAI sera dissipée car l'énergie de la pulsion sous-jacente aura été libérée. C'est au contraire par le refoulement et par l'accumulation de cette énergie qu'un jour l'acte sera réalisé.
Heureusement pour nous, la perte de fonction sociale du théatre n'a pas entrainer la création d'armées d'assassins. Les pulsions autrefois soulagées dans la cérémonie se retrouvent aujourd'hui sublimées dans toute compétition. Les mécanismes restent inchangés, seul le cadre des codes dans lequel ils évoluaient a changé. Le deuxième moyen de libérer l'énergie de ces pulsions, comme Wilhelm Riech l'avait bien compris, est l'orgasme, qui en lui-même vide l'organisme de toute libido.

Celui donc qui aujourd'hui n'arrive pas ou que partiellement à se libérer de ces forces soit par la sublimation soit à travers l'orgasme, celui-là sera nuisible à la société à laquelle il appartient. Cela peut aller du comportement agressif pour un oui ou pour un non, de la délinquance à la folie, meurtrière ou non. Ce qui auparavant était organisé par la société afin de la maintenir stable, au moyen de la cérémonie rituelle est aujourd'hui laissé à l'individu. Et nul châtiment ne saurait changer cet état de fait. Ce qu'il faut, c'est retrouver un moyen social de libérer ces énergies individuelles, dans des cadres définis, sans quoi elles se diluent comme un poison dans la société.

jeudi 15 mars 2007

Inconnue

Elle avait l'air perdue. Son corps définitivement accroché au sol et son âme flottant sur un nuage de tristesse. Le temps était pourtant des plus magnifique. Les premiers jours du printemps, le retour du parfum sucré de la végétation. La vie sortait de son profond sommeil et repartait à la conquête du monde. Et elle était là, seule, petite créature d'argile et de feu, le regard absent, tout maquillé de noir. Je ne pus m'empêcher de lui demander:
- Excuse moi mais tu as l'air si triste!
- Ca te regarde? Et qui t'es d'abord?
- Personne, c'est vrai. Mais j'aime pas voir les gens tristes.
- Et alors? T'as qu'à regarder ailleurs!

Coriace la petite. Je lui ai proposé d'aller se ballader. Biensur, elle a d'abord refusé. Alors j'ai négocié et lui ai fait comprendre que je ne cherchais pas à la baiser, simplement marcher, discuter et profiter du beau temps. Elle finit par accepter, elle n'avait rien d'autre à faire me dit-elle.
Nous avons pris la direction du lac de Maine, sans se presser. En chemin, j'appris un peu à la connaître. Elle avait dix huit ans et redoublait sa terminale, section littéraire. Elle n'aimait pas le lycée, les enseignements lui paraissaient inutiles. Elle n'appreciait pas davantage les élèves de sa classe, trop superficiels et gamins à son goût. Quant aux relations avec ses parents, elle étaient plus que médiocres. Son truc, c'était lire. Mon avis est qu'elle se cherchait, voilà tout. C'est peut-être cela qui m'a poussé à lui parler, cette lueur lucide dans son regard d'une conscience qui s'éveille. Celle d'une âme en proie au doute. Elle quittait le monde bienveillant et rassurant de l'enfance pour entrer dans la superficialité, la résignation et la bestialité de l'âge adulte. Ses certitudes inébranlables volaient en éclats et laissaient place à la relativité de toute chose. Probablement qu'au fond de moi, je voulais lui offrir quelqu'espoir, du courage ou de la lumière, appelez ca comme vous voudrez.
Nous nous sommes arrêtés à un banc de pierre, sur lequel nous nous sommes assis, à quelques mêtres du lac. Le soleil réchauffait notre peau, merveilleuse sensation après l'impassabilité de l'hiver. Ses rayons miroitaient sur la surface ridée de l'eau, une famille de canards tournait en rond non loin de là et à peine plus que le clapotis et le vent léger dans les branches pour troubler le silence.
Elle était belle, pas de doute. Sa chevelure brune et ondulée portait les reflets dorés du soleil. Aucune parole dans l'air, son regard fuyait vers un quelconque infini alors que le mien se concentrait sur son visage. Ses lèvres fines, son teint légèrement matte. J'aurai pu tomber amoureux, je crois.
Même si j'en connaissais d'avance la réponse, je lui posais tout de même la question:
- Pourquoi as-tu l'air si triste?
- C'est la vie me dit-elle d'un ton monotone. Poursuivant, la vie, les gens, leur égoisme.
- Je ne te contredirais pas là dessus. Mais la vie, c'est plus que ca. La vie, c'est le reflet du soleil sur l'eau, c'est les canards là bas, c'est le parfum sucré du printemps. Ce n'est pas le béton, ton portable ou ta voiture. La vie, c'est ce qui se passe au fond de toi. Ne prêtes pas attention aux hommes, la plupart ne veulent pas la vie. C'est à peine s'ils sont nés. Prends le temps de regarder, de sentir et ressentir ce qu'il y a en dehors de la ville, de ce que tu croies être la vie. Et là tu la trouveras merveilleuse, la vie. Songes à tous ceux qui sont tombés, à tous ceux qui ne sont même pas nés. Ne te sens-tu pas chanceuse? N'as tu pas envie de profiter de cette chance, de célébrer la vie?
Elle me regardait comme si j'était le frêre d'E.T.. J'insistais:
- Non?
- Vu comme ca, oui.
Dans ses yeux, j'ai senti que je venis d'ouvrir une porte, de mettre en lumière une voie qui lui était inconnue, une voie qu'elle aurait peut-être envie d'explorer.
Et puis nous avons parlé, parlé, d'elle, de moi, de la vie. Mélodies de mots entrecoupées de silences avant de nous séparer, alors que le jour déclinait. Sans échange de numéro, sans perspective de se revoir. Sans passé, sans future, uniquement le présent.
Aujourd'hui, je ne sais pas ce qu'elle est devenue. Ai-je changé sa vie? Au fond, je l'espère. Même si je ne le saurais jamais.

mercredi 14 mars 2007

Haiku pour Lulu

Clarté de la lune
Cachée dans ses yeux profonds
Sa peau de soie blanche.

lundi 12 mars 2007

A propos de musique

Les plus grand artistes musicaux, Jimi Hendrix, Beatles, Pink Floyd, Radiohead etc. ne jouent pas de la musique, ils la peignent. Et c'est peut être là qu'est la différence entre leurs chefs d'oeuvre et le reste, les imitations, inspirations, et autres copies plus ou moins réussies.
La ligne et la couleur, la mélodie et le son. Les deux sont chez eux en accord. La peinture, la sculpture sont des créations dans l'espace, à deux dimensions pour la peinture, trois pour la sculpture. Le théatre, et, par extension, le cinéma se placent dans l'espace et le temps. Alors que la musique ne prend que dans le temps.
Juger ces artistes sur le plan technique est un pur non-sens. Le nombre d'arrangements ou de notes plaqués à la seconde sur la gratte me laisse totalement indifférent. En revanche, ce qui est nécessaire, c'est de trouver le chemin qui fera jaillir la création de sa source primordiale. Du sentiment, de l'émotion, de la volonté qui prend racine au fond de l'ETRE. Et c'est ce chemin qui donnera la forme à la création. No Surprise est d'une simplicité enfantine sur le plan technique et pourtant il s'agit d'un morceaux merveilleux. Où la forme lassive colle parfaitement au fond de mélancolie qu'inspire la vie banale à Thom YORKE et cela se sent, cela est VRAI. Faire le contraire, partir d'une forme lassive pour y trouver une force, un fond qui lui corresponde sonnerait FAUX. Là est l'étincelle du CREATEUR. Ne pas partir d'une mélodie, d'un son entendu qui aurait été plaisant et essayer d'en trouver une correspondance intérieur, mais partir d'une pensée VRAIE et lui trouver un VRAI chemin, une vraie forme. Hendrix ne cherchait pas à inventer des sons à l'aide de pédales. Il cherchait les couleurs qui correspondaient à sa pensée. Il suffit d'écouter Little Wing ou Voodoo Child pour s'en convaincre. Aucune chanson, à ma connaissance, n'est plus incendiaire, plus volcanique que Voodoo Child. Simplement parce qu'il s'agit du feu intérieur, de l'incendie qui couve en lui qui prend forme dans son jeu de guitare. Et s'il n'est peut être pas le guitariste le plus technique de tous les temps, il n'en est pas moins le plus VRAI. Car il a su donner vie à son monde intérieur ("I got my own world to live through, and i ain't got to copy you").

dimanche 11 mars 2007

Le roi

Le roi entre.
Mesdames, Messieurs! Le Roi!
Dans le palais,
Le silence était tombé
Et le vacarme des pensées
Devenaient paroles.

De l'or, de la soie
Un peu de jambes,
Un peu de bras
Et les yeux affolés,
Le peuple applaudissait.

Sourire.
Ironie.
Le roi, dans tous ses états
S'exceda:
De la chair! De la chair!
Et le peuple applaudissait.

De la chair et du sang!
Donnez moi!
J'en manque, ils sont loin!
Tandis qu'il hurlait,
Sa bouche,
Aux proportions monstrueuses
Bavait.

Du liquide jaune,
Une féérie de morceaux,
Restes d'individus.
La grosse caisse tonnait
Tonnerre lointain
Là bas dans la plaine,
Echo des montagnes.

Le pouls du roi
Et ses veines.
La soif et la faim
D'âmes et de corps.